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Éclosion des reines en couveuse : principes et conduite d’élevage


Par Monique et Jean-Claude Saint-Marc, ruchers du télégraphe

Étude sur la production, en continu, des reines vierges, en races locales, dont l’éclosion a été obtenue par une chaleur artificielle. Article tiré du Tome 1 d’Info-Reines (1979)

Auparavant, nous avions l’habitude de remérer nos divisions par des cellules royales operculées prêtes à éclore. Cette technique a des handicaps :  danger de refroidissement (pendant le transport et la distribution, même avec une boîte calorifugée et échauffée ; à l’introduction dans une ruche en bruissement), nécessité de contrôler l’acceptation des cellules, les naissances et le bon état physique de la reine. C’est pourquoi, le principe de la chaleur artificielle nous tentait de longue date pour mener à bien les éclosions.

Compilation des revues apicoles Info-Reines. Découvrez la gestion de nuclei, la sélection des reines d’abeilles, les ruches basse consommation, le greffage, etc.
Tome n°1 d’Info-Reines. Ensemble des publication de 1979 à 1983


Une autre solution était de faire éclore les reines par les abeilles dans une ruche, mais il faut entretenir les colonies, et pour contrôler, ouvrir souvent les ruches avec la possibilité de piqûres et de danger de refroidissement (à moins de travailler en rucher isotherme).

À notre connaissance, dans la littérature apicole, Monsieur Robert Deperée parle le premier de couveuse en 1947. Maintenant, la couveuse est employée dans plusieurs pays : Italie, Autriche, Amérique, Russie, Angleterre par le frère Adam et d’autres certainement.

Cela fait deux ans que nous avons réalisé une couveuse de notre conception : la première année à titre expérimental, la seconde plus sérieusement en utilisant toutes les possibilités.

Description de la couveuse

Nous avons fait une caisse d’environ un mètre cube en contre-plaqué marine de 20 millimètres d’épaisseur, pouvant contenir en profondeur des barrettes entières de cadre d’élevage. Dix étages sont prévus, et sur chaque la place pour dix portes-cellules côte à côte. Si tout est plein, cela fait une moyenne de 500 à 700 reines qui peuvent transiter à la fois.

La température optimale est de 35 à 35,5 °C ; Elle ne doit pas dépasser 36 °C, ni descendre en dessous de 33 °C. Il faut signaler que malgré un brassage, il y a une différence de 0,6 à 0,8 °C entre le haut et le bas de la couveuse. La chaleur est assurée par une résistance lente, de deux mètres, fixée de haut en bas sur les parties latérales en dents de scie. Cette résistance est commandée par un thermostat à sonde avec une marge d’erreur de 3%.

Un homogénéisateur à pâles ou ventilateur muni de plusieurs vitesses est fixé à la partie supérieure et établit un circuit d’air dans la double enveloppe sur la résistance.

La caisse est calorifugée avec une substance isolante, genre polystyrène expansé ; une couche de peinture blanche et imperméable limite les échanges avec l’extérieur. La caisse est munie de pieds, de poignées, d’une porte clavetée en haut et en bas, de hublot à double parois aux différentes hauteurs (un peu de gel de silice entre les parois évite la condensation).

Dans le bas de la couveuse, des récipients plats contiennent de l’eau (à remplacer régulièrement avant putréfaction). Il est nécessaire d’avoir environ 75 % d’humidité, à mesurer par un hygromètre. La surface d’eau à l’air règle cette humidité.

Un échangeur d’atmosphère réglable est situé en bas de la porte.

Utilisation

Nous avons choisi de faire entrer tous les 3 jours un lot de Reines et d’en faire sortir un autre.

6 jours après le greffage, les cellules sont sorties de la ruche après une demie à une journée d’operculation (à ce stade d’évolution, le refroidissement des cellules n’est pas à craindre, ni en brossant les abeilles, ni dans le transport) ; les barrettes de cellules sont introduites dans la couveuse (au départ, plusieurs jours de fonctionnement sont nécessaires pour obtenir une régularité). Les barrettes sont numérotées et enregistrées. L’éclosion se produira 4 à 5 jours après l’introduction en couveuse. Nous introduisons les cellules en cage la veille de l’éclosion après avoir mis dans chaque cage une boule de pâte de sucre fin et de miel (la pâte a tendance à se dessécher dans la couveuse, au début, nous mettions du miel pâteux. Tant que nous n’avions pas couvert, les reines étaient intactes ; après l’ouverture, elles s’engluaient souvent. Il ne fallait pas les garder ainsi trop longtemps.

Les éclosions peuvent s’étaler sur une demie à une journée malgré un greffage régulier. Nous groupons par vingtaine, les reines éclosent en cage. Nous ouvrons en principe la couveuse trois fois dans la journée. Nous allons au rucher d’élevage plusieurs fois. À l’éclosion, nous vérifions toujours la grosseur des reines, leur conformité (anomalie, malformation, couleur).

Méthode d’introduction

Nous introduisons directement les reines vierges, soit par l’entrée, soit par le dessus de la ruche. Les heures de la journée n’ont pas d’influence. il suffit de faire diversion aux ouvriers de façon que la reine s’installe, et on n’y touche plus que pour nourrir, si nécessaire, jusqu’à la ponte.

L’acceptation des reines vierges dépend :

  • d’une part de l’âge de la reine ; si elles ont moins d’une heure d’éclosion, 100 % d’acceptation, moins d’une journée, acceptation encore très bonne,
  • d’autre part, de l’orphelinage de la colonie ou du fait que les abeilles sont informées de cette orphelinage (une miellée ou un nourrissement, une colonie peu importante, favorise cette difusion). La période la plus intéressante se situe entre un minimum de 2 jours d’orphelinage et un maximum de 7 à 8 jours.

La ponte se situe aux environs du 13e au 15e jour (soit 15 jours d’avance par rapport à un remplacement naturel après orphelinage).

La réussite de fécondation est de 80 à 95 % avec des reines vierges de moins d’une demi-journée au remérage. Les quelques échecs proviennent sans doute de colonies trop petites. Aux différents contrôles, les ruches qui n’ont pas de ponte sont remérées avec une autre vierge, et ceci parfois malgré des ouvrières pondeuses.

Difficultés

Les ouvertures répétées de la porte de la couveuse amènent une baisse de température. Un SAS à température suffisante ou un chauffage mobile ne serait pas superflu.

En cas de panne de courant, il est prudent d’avoir un petit générateur de 500 watts ; la couveuse ne peut maintenir sa température que quelques heures.

Les difficultés d’équilibrer les divisions de ruches ou formations de nuclei et l’éclosion des reines est accrue (une reine naissante est mieux acceptée) L’expédition provoque le vieillissement de la reines vierge et rend son introduction plus difficile.

Avantages

Gain de temps : la ruche éleveuse est plus vite libérée, la ruche orpheline, retrouve plus rapidement une reine en ponte.

Les contrôles sur les reines naissantes sont plus faciles et donc plus nombreux.

Il est possible de marquer les reines vierges.

L’introduction d’une reine vierge pour le remérage est plus facile et presque toujours couronnée de succès.

Nous avons constaté une meilleure réussite de fécondation qu’avec des remérages par des cellules royales prêtes à éclore.

La couveuse permet d’approvisionner une station de fécondation artificielle.

Les reines naissant près de l’apiculteur et de son monde semblent moins peureuses, moins craintives (les poussins nés en couveuse n’ont pas le même comportement).

Nous ne relatons que les quelques techniques de travail et organisations que nous avons réalisées depuis la mise en service de la couveuse. Cette étude n’est pas exhaustive et n’aurait pas la prétention de solutionner tous les sujets définitivement.


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