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La ruche basse consommation

Un hommage technique à Marc Guillemain1.

J’ai eu l’honneur de faire un stage très intense chez Marc en 2009 dans le cadre de mes études de biologie. Ce que j’ai découvert chez lui, à Auxerre, était époustouflant. La qualité du couvain, la population, le dynamisme de ses ruches étaient hors normes. De tels résultats ont suscité ma curiosité : comment l’isolation pouvait-elle engendrer pareilles performances ? J’avais de nombreuses questions, et chaque réponse apportait d’autres interrogations. Il n’avait pas toujours les réponses, mais, ensemble, nous les cherchions. Souvent dans des livres de biologie ou des études scientifiques.

Avec Marc, depuis notre rencontre, nous avons passé des heures et des heures au téléphone, à échanger, à nous questionner, à partager nos expériences, nos observations et nos échecs. Je vous propose ici un article pour évoquer un sujet sur lequel nous avons beaucoup évolué ces dernières années et pourtant peu communiqué.

Les abeilles se chauffent par rayonnement. Marc a eu l’idée de poser sur le plancher, une feuille d’isobulle, que nous avons appelé « la chaussette ».

L’origine

Une des premières expériences apicoles de Marc Guillemain fut de transférer un essaim d’un tronc d’arbre creux dans une ruche Dadant douze cadres. Ce fut un échec cuisant qui le contraria. Doté d’une observation rare, il en conclut que le contenant était inadapté à un si petit essaim. C’est de là que lui est venue l’idée de partitionner ce grand volume. Il a eu l’intuition d’améliorer l’isolation thermique en essayant de nombreux matériaux isolants. Après plusieurs années de tests et d’échecs, il a enfin trouvé l’isobulle de chez XLMat. En l’associant au polystyrène extrudé, il créa son outil révolutionnaire : la PIHPgm2.

Lors de mon stage, en 2009, Marc ne parlait pas de PIHP. Dans un Info-Reines de 2010, elles étaient tout juste évoquées. Il organisait chaque année une formation pour l’Anercea chez lui à Auxerre : c’était l’occasion pour les stagiaires de découvrir cet outil sur le terrain. C’est en 2014, suite aux Journées d’Étude de Le Garric (Tarn), que de nouveaux articles ont mieux parlé du sujet. À force de persévérance, à force de se promener entouré d’isobulle réfléchissant à chaque Journée d’Étude ou salon apicole,
Marc a réussi à faire entrer la PIHPgm dans le vocabulaire apicole. Cependant, les résultats et le mode d’emploi qui ont été présentés à ce moment-là n’ont rien à voir avec l’utilisation que nous en faisions ces dernières années.

Cadre de couvain côté PIHP. Dans une ruche moderne, c’est en plein milieu de la colonie que l’on trouve de tels cadres de couvain. Pas en rive.

L’effet cocotte minute

La répartition du couvain en présence de partitions isolées est la première chose qui a attiré mon attention. Jamais je n’avais vu de tels cadres en rive ! Il faut habituellement prendre les cadres du milieu pour voir un pareil développement. Cette vigueur du couvain, du cœur jusqu’aux rives, s’explique par la verticalisation de la grappe, permettant une meilleure couverture thermique des cadres par les abeilles. C’est grâce à cela que se crée ce que nous avons appelé « l’effet cocotte minute. ».
« L’effet cocotte minute » décrit une montée en pression de la colonie, il la conduit à un état de déséquilibre tel, qu’on obtient un surplus de couvain operculé par rapport à la quantité de couvain ouvert. Cet « effet cocotte minute » produit des abeilles diutinus, c’est-à-dire des abeilles qui ont une durée de vie importante, car l’expansion de la population sous- entend que chaque individu est moins sollicité par les travaux épuisants de la ruche et donc plus « durable ». La présence de suffisamment de butineuses pousse ces abeilles d’âge intermédiaire à rester dans la ruche. Elles constituent donc une réserve d’abeilles diutinus qu’un bon apiculteur doit être capable d’utiliser pour répondre à ses objectifs. Grâce à la bonne maîtrise de ce phénomène, les PIHPgm deviennent un outil stratégique pour l’exploitation. Bien utilisées, elles permettent de préparer des colonies puissantes pour viser une miellée, ou pour constituer des essaims, des nuclei

Les premiers résultats

Quand on utilise des PIHPgm dans ses ruches, on observe une baisse de la mortalité hivernale. Il est en effet assez spectaculaire de constater que des colonies jugées trop faibles pour passer l’hiver, sont non seulement vivantes au printemps, mais surtout plus dynamiques que les ruches qui n’ont pas été partitionnées avec des PIHP. Un réajustement du regard est donc à opérer, car les diagnostics posés avec ou sans PIHP sont très différents. Sauver des colonies vouées à disparaître, c’est déjà très bien, mais utiliser pleinement le potentiel de ces partitions est encore mieux. J’ai mis cinq ans avant de pouvoir affirmer que j’ai augmenté mes rendements grâce aux PIHP. De nombreuses erreurs nous ont permis d’apprendre et d’évoluer dans la conduite des ruches. Ces partitions isolées placées toute la saison en rives sont sous-exploitées, et pire, dans certaines configurations, elles peuvent même avoir un effet néfaste sur les colonies.

La dynamique des colonies

Pour bien utiliser les PIHP, il faut bien connaître les quatre phases de la dynamique des colonies et les mécanismes qui permettent de passer de l’une à l’autre.

Pour découvrir les quatre phases, mais également la révolution de la double chambre, la chaussette et le rayonnement, les PIHPettes, l’écharpe et le coussin pour faire plus de miel….
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1- Lire page 40 hommage par Thierry Fedon.
2- Partition Isolée Haute Performance de Guillemain Marc.

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